La question est mal posée
« On nous a proposé un NAS, mais un confrère nous dit que tout doit passer dans le cloud. » La comparaison est présentée comme un duel, alors que les deux ne répondent pas à la même question. Un NAS répond à : où travaillons-nous au quotidien ? Le cloud, dans l'usage qui nous occupe ici, répond à : où se trouve la copie qui survivra à ce qui arrivera à nos bureaux ?
Poser le choix comme une alternative conduit systématiquement à l'une des deux impasses que nous rencontrons le plus souvent sur le terrain : une entreprise avec un beau NAS et aucune copie ailleurs, ou une entreprise entièrement dans le cloud avec un lien internet incapable d'en redescendre les données en cas de besoin. Les deux se croient couvertes. Aucune ne l'est.
Ce qu'un NAS fait bien, et ce qu'il ne fait pas
Un NAS — un boîtier de disques branché sur votre réseau local — a trois qualités réelles. Il est rapide : sur un réseau filaire correct, vos fichiers arrivent sans passer par internet. Il est prévisible : le coût est un achat, pas un abonnement qui suit la croissance de vos données. Et il vous laisse maître du volume : ajouter deux téraoctets ne demande l'autorisation de personne.
Reste le malentendu le plus coûteux du sujet, et il mérite d'être écrit en toutes lettres : un NAS n'est pas une sauvegarde. La redondance de disques — le RAID — protège d'une seule chose : la panne d'un disque. Elle ne protège ni de l'effacement par erreur, qui est répliqué instantanément sur tous les disques, ni d'un rançongiciel, qui chiffre le partage réseau comme n'importe quel autre dossier, ni du dégât des eaux, du vol ou de l'incendie, qui emportent le boîtier entier. Un NAS est un lieu de travail confortable et un mauvais coffre-fort. C'est exactement le raisonnement que nous développons dans notre article sur la règle de sauvegarde 3-2-1 : trois copies, deux supports, une hors site. Le NAS occupe une case sur les trois.
Ce que le cloud fait bien, et ce qu'il coûte réellement
Le cloud règle d'un coup le point faible du NAS : la copie est ailleurs, entretenue par quelqu'un dont c'est le métier, et elle survit à ce qui arrive à vos locaux. Il apporte aussi l'accès depuis l'extérieur sans ouvrir votre réseau sur internet — un gain de sécurité qu'on sous-estime, tant les accès distants improvisés sur un NAS exposé sont une porte d'entrée classique.
Son coût, en revanche, se compare rarement de façon honnête. Le réflexe est de mettre en regard le prix d'achat du NAS et l'abonnement annuel. Pour être juste, la comparaison doit inclure, côté NAS, le remplacement des disques dans le cycle de vie, l'électricité d'un appareil allumé en permanence, l'onduleur, et la copie hors site sans laquelle il ne s'agit pas d'une sauvegarde. Côté cloud, il faut ajouter ce que la facture ne montre pas d'emblée : la croissance du volume stocké, qui ne décroît jamais, et surtout les frais de sortie — certains hébergeurs facturent la récupération de vos propres données, et c'est précisément le jour de l'incident que vous voudrez tout rapatrier d'un coup. Cette ligne-là se lit dans les conditions tarifaires avant de signer, pas après.
Le critère qui tranche : votre débit montant
Voici la donnée que presque personne ne regarde et qui, dans les faits, décide de l'architecture entière : votre débit montant, celui qui part de chez vous vers internet. Les offres grand public sont le plus souvent asymétriques ; le chiffre commercial mis en avant est celui de la descente.
Un ordre de grandeur, en arithmétique simple. Un téraoctet représente environ huit millions de mégabits. Sur un lien à 8 Mb/s en montée — un cas encore fréquent sur du cuivre —, le transférer demande de l'ordre de onze à douze jours de trafic continu ; sur un ADSL à 1 Mb/s en montée, on passe à trois mois. Sur une fibre offrant 300 Mb/s en montée, on tombe à sept ou huit heures. Ce sont des maxima théoriques : dans la vraie vie, comptez sensiblement plus, et surtout n'oubliez pas que pendant ce temps le lien sert aussi à travailler.
Les conséquences sont directes. En dessous de quelques dizaines de mégabits en montée, une sauvegarde initiale vers le cloud n'est pas réaliste sans un premier envoi physique, et une restauration complète après sinistre non plus. Dans cette situation, la copie hors site sur support amovible — un disque qui dort chez le dirigeant et qu'on permute chaque semaine — reste nettement plus efficace qu'un abonnement cloud qu'on n'arrivera pas à remonter. Avec une fibre correcte, l'équation s'inverse et le cloud devient la bonne réponse. C'est aussi pour cela que le sujet du stockage et celui de la connectivité ne se traitent jamais séparément.
Le second critère : combien de temps pouvez-vous rester à l'arrêt ?
Deux questions à poser avant tout devis, et elles n'ont rien de technique.
- Combien de travail pouvez-vous vous permettre de refaire ? Une journée ? Une heure ? Cette réponse fixe la fréquence des copies. Une sauvegarde nocturne signifie que vous acceptez de refaire la journée en cours.
- Combien de temps pouvez-vous rester sans vos fichiers ? Une demi-journée, trois jours ? Cette réponse-là fixe tout le reste : le support, l'endroit et le débit nécessaire.
Un cabinet de cinq personnes qui peut travailler sur papier deux jours n'a pas les mêmes besoins qu'un atelier dont les machines s'arrêtent quand le serveur de fichiers tombe. Ces deux réponses valent plus que n'importe quel comparatif de matériel, parce qu'elles sont les seules qui viennent de votre métier et non du catalogue d'un fournisseur.
RGPD et localisation : ce qui compte, et ce qui compte moins
Le sujet de la souveraineté est souvent traité en slogan. Deux repères utiles pour une PME. Si vous stockez des données personnelles — fichier clients, dossiers du personnel, a fortiori données de santé —, l'endroit où elles résident et l'identité de celui qui peut y accéder relèvent de vos obligations de responsable de traitement, et un hébergement hors de l'Union européenne suppose un encadrement juridique du transfert. Un hébergeur européen simplifie ce point ; il ne dispense pas de le documenter.
À l'inverse, un NAS dans vos murs ne vous met pas hors du sujet : c'est vous qui devenez responsable du chiffrement du support, du contrôle des accès et de la sécurité physique de la pièce. Beaucoup d'entreprises croient reprendre la main en internalisant, et reprennent surtout la charge. Nous détaillons ce type d'arbitrage, appliqué au réseau, dans notre étude de cas sur le wifi invité et la conformité RGPD.
Notre lecture
Pour la grande majorité des PME que nous accompagnons en Limousin, la réponse n'est pas « NAS » et n'est pas « cloud » : c'est les deux, avec des rôles distincts et écrits. Le NAS pour le travail quotidien, parce qu'il est rapide et que le débit local ne coûte rien. Le cloud pour la copie hors site, parce qu'aucune copie restée dans le bâtiment ne protège du sinistre qui touche le bâtiment. Et un fonctionnement dégradé prévu pour le jour où l'un des deux manque.
Une dernière chose, qui vaut tous les choix de matériel : une sauvegarde qu'on n'a jamais restaurée n'est pas une sauvegarde, c'est une hypothèse. Le seul test qui compte consiste à choisir un fichier au hasard, à le récupérer depuis la copie hors site, et à chronométrer l'opération du début à la fin. Deux fois par an suffit. C'est ce qui vous dira si votre dispositif tient, et c'est aussi la manière la moins coûteuse de découvrir qu'il ne tenait pas.
Si vous hésitez aujourd'hui entre un devis de NAS et un abonnement, le point de départ n'est aucun des deux : c'est de mesurer votre débit montant réel et de mettre un chiffre sur les deux questions posées plus haut. C'est le premier réflexe que nous appliquons sur toute infrastructure IT, et il prolonge naturellement les audits de notre offre Matériel professionnel & cybersécurité.