Sous-traiter son informatique est déjà la norme

Le chiffrage public le plus net sur le sujet vient de l'INSEE. Parmi les sociétés de dix personnes ou plus, 62 % faisaient principalement appel à des prestataires pour la maintenance de leur infrastructure, contre 23 % qui s'appuyaient d'abord sur leurs propres effectifs ; 15 % n'étaient tout simplement pas concernées. La maintenance y apparaît comme la tâche informatique la plus fréquente, et la plus sous-traitée de toutes.

Une précaution s'impose sur ce chiffre : il provient de l'enquête TIC-entreprises 2018 de l'INSEE. C'est le dernier découpage de ce type publié sur la répartition interne/externe, et nous préférons le dater franchement plutôt que de le présenter comme une photographie d'aujourd'hui. L'ordre de grandeur, lui, reste parlant : rien depuis n'indique un mouvement inverse, entre le logiciel qui a basculé vers l'abonnement, la sécurité qui s'est complexifiée et les compétences qui se sont raréfiées.

Ce que ce chiffre dit surtout, c'est qu'externaliser n'est pas une décision exotique. La question n'est donc pas de savoir si vous devez « franchir le pas » — statistiquement, vous l'avez sans doute déjà à moitié franchi, ne serait-ce qu'avec l'installateur qui a posé votre réseau ou l'éditeur qui héberge votre logiciel de gestion. La question est de savoir ce qui reste flou dans ce partage.

La vraie question : qu'est-ce qu'on externalise ?

L'informatique d'une PME n'est pas un bloc. Elle se décompose en quatre familles de tâches qui ne se délèguent pas du tout de la même façon.

Le découpage compte davantage que le choix du prestataire. Une PME qui confie les deux premières familles et garde la main sur les deux dernières est dans une position saine. Celle qui délègue tout, arbitrages compris, finit par ne plus savoir ce qu'elle paie ni pourquoi — exactement le point de départ que nous décrivons dans notre article sur le budget informatique d'une PME.

Les trois signaux qui indiquent que le moment est venu

Aucun de ces signaux n'a l'allure d'une urgence. C'est justement ce qui les rend fiables : ils apparaissent avant l'incident grave, pas pendant.

L'écart entre « avoir une mesure » et « avoir une pratique »

Sur ce point, les données récentes de l'INSEE sont éclairantes. En 2024, 93 % des entreprises implantées en France et employant dix salariés ou plus déclaraient avoir mis en place au moins une mesure pour sécuriser leur système d'information. Le chiffre paraît rassurant. Il l'est nettement moins quand on regarde lesquelles.

Les mesures les plus répandues sont celles qui ne demandent aucun entretien : l'authentification par mot de passe fort (82 %), la sauvegarde des données dans un endroit différent comme le cloud (79 %), le contrôle d'accès au réseau informatique (71 %). Celles qui supposent un travail régulier restent minoritaires : le chiffrement des données, documents ou courriels (22 %), et surtout la réalisation régulière de tests de sécurité (27 %).

C'est exactement la ligne de partage. Cocher une mesure est un acte ponctuel ; vérifier qu'elle fonctionne encore est une pratique. Une sauvegarde qu'on n'a jamais restaurée n'est pas une sauvegarde, c'est une hypothèse — c'est tout l'objet de la règle 3-2-1. Un mot de passe fort protège moins bien qu'un second facteur, et l'authentification à deux facteurs coûte surtout du temps d'explication. Un accès distant ouvert pour un dépannage et jamais refermé n'est plus un outil de maintenance, c'est une porte — nous en avons détaillé les règles dans l'accès distant d'un prestataire.

Cette différence est, très concrètement, ce qu'un prestataire apporte quand il apporte quelque chose : non pas des outils que vous pourriez acheter seul, mais la régularité de leur vérification.

Quand il vaut mieux s'abstenir

Nous sommes prestataire, et il serait malhonnête de conclure que la réponse est toujours oui. Trois situations où externaliser ne réglera rien.

Ce qu'il faut exiger, quelle que soit la formule

Quatre points méritent d'être écrits noir sur blanc, que vous confiiez une seule tâche ou l'ensemble.

Ce que nous en pensons

Externaliser n'est ni un renoncement ni une solution. C'est un arbitrage entre ce qu'une entreprise a intérêt à savoir faire et ce qu'elle a intérêt à acheter. Une PME de dix personnes n'a aucune raison d'entretenir en interne une compétence réseau qu'elle utilisera trois jours par an ; elle a en revanche tout intérêt à savoir où sont ses données, qui y accède, et à qui téléphoner quand plus rien ne fonctionne.

Le bon test n'est pas financier, il est documentaire : si votre entreprise devait changer de prestataire demain matin, sauriez-vous quoi transmettre ? Si la réponse est oui, le partage est sain, quel que soit son périmètre. Si elle est non, le problème n'est pas l'externalisation — c'est qu'elle s'est faite sans inventaire. Cela se rattrape, et l'ordre des opérations compte : tant que l'état des lieux de votre infrastructure IT n'existe pas, aucune offre ne peut être comparée à une autre, ni discutée à armes égales.