D'où vient le fameux « 3 à 6 % du chiffre d'affaires »
Tapez la question dans un moteur de recherche : les fourchettes tournent presque toutes autour de 3 à 6 % du chiffre d'affaires. Le chiffre est commode, il se retient, il se cite en réunion.
Regardez maintenant qui publie ces pages. Des éditeurs de logiciels de gestion, des sociétés d'infogérance, des DSI externalisés — c'est-à-dire, dans tous les cas, des entreprises qui vendent précisément ce que le budget en question doit financer. Cherchez ensuite la source du chiffre : sur plusieurs de ces pages, il n'y en a aucune. Ni étude, ni panel, ni méthode. Les plus rigoureuses renvoient au jeu de données de benchmarking d'un cabinet d'analyse — qui mesure des grandes organisations, pas des entreprises de dix personnes. Ailleurs, le pourcentage est présenté comme une observation générale, et il se recopie de page en page jusqu'à ressembler à un fait établi.
Nous sommes nous-mêmes prestataire, et c'est bien pour cela que nous préférons le dire : un repère publié par quelqu'un qui a intérêt à ce qu'il soit élevé mérite d'être traité comme un argument commercial, pas comme une donnée. Y compris quand c'est nous qui parlons.
Le problème de fond n'est d'ailleurs pas l'honnêteté du chiffre, c'est sa nature. Un pourcentage du chiffre d'affaires décrit ce que d'autres dépensent. Il ne décrit ni votre parc, ni vos usages, ni votre tolérance à l'arrêt. Deux entreprises du même chiffre d'affaires n'ont pas le même besoin informatique : un cabinet de six personnes à forte marge et un négoce de quarante salariés à marge faible n'ont pas du tout les mêmes besoins, donc pas le même budget. Appliquer 4 % à l'un et à l'autre, c'est suréquiper le premier et sous-équiper le second, avec la même formule.
La seule donnée macro qui mérite d'entrer dans votre calcul
Une chose est en revanche mesurée sérieusement : la tendance générale des prix. Dans sa prévision du 27 juillet 2026, le cabinet Gartner attend une hausse de 14,2 % des dépenses informatiques mondiales sur l'année, à environ 6 370 milliards de dollars. Cette hausse tient surtout aux centres de données pour l'IA — ce poste bondit à lui seul de 62,5 % — et ne vous concerne pas directement.
Ce qui vous concerne, c'est la répartition. Dans cette même prévision, le poste logiciels progresse de 15,5 % sur l'année, contre 9,8 % pour les terminaux et 5,3 % pour les services informatiques. Autrement dit : la ligne de votre budget qui augmente le plus vite n'est pas le matériel, c'est l'abonnement. Les licences, les suites bureautiques, les logiciels métier, les modules « IA » ajoutés aux outils que vous utilisez déjà.
C'est une bascule concrète pour une petite structure. L'informatique s'achetait par à-coups tous les quatre ou cinq ans ; elle se paie désormais tous les mois, par utilisateur, avec des tarifs qui se révisent à la hausse sans que vous ayez rien demandé. Un budget bâti uniquement sur du matériel à renouveler passe à côté de la partie qui glisse.
Les sept lignes d'un budget informatique de PME
Un budget qui tient se construit par le bas, à partir de ce que vous avez et de ce que vous faites tourner. Sept lignes suffisent pour la quasi-totalité des PME.
- Postes de travail. Le nombre de postes, leur âge, et la somme annuelle qu'il faut mettre de côté pour les renouveler. C'est une provision, pas un achat : voir la section suivante.
- Licences et abonnements. Suite bureautique, logiciel métier, comptabilité, messagerie, outils de signature, stockage. Comptez par utilisateur et par mois, puis multipliez par douze — c'est souvent la ligne qui surprend le plus.
- Connectivité. L'accès principal, et le secours s'il existe. Une PME dont l'activité s'arrête quand la fibre tombe a un besoin de secours ; celle qui peut attendre l'après-midi n'en a pas.
- Stockage et sauvegarde. Ce que vous conservez, où, et combien de copies. Le vrai arbitrage n'est pas le prix au téraoctet, comme nous le détaillons dans NAS ou cloud pour une petite entreprise.
- Sécurité. Protection des postes, filtrage, gestion des accès. Le poste le plus rentable de la liste est aussi le moins cher : l'authentification à deux facteurs coûte surtout du temps d'explication.
- Support et maintenance. Contrat d'infogérance, interventions ponctuelles, ou temps interne — si c'est le comptable qui dépanne les imprimantes, ce temps a un coût, même s'il n'apparaît sur aucune facture.
- Infrastructure. Serveur ou NAS, commutateurs, bornes wifi, onduleurs. Ces équipements durent plus longtemps que les postes, mais tombent en bloc : ils méritent leur propre provision.
Additionnez, divisez par le nombre de postes, et vous obtenez un coût annuel par poste. Ce chiffre-là vous appartient, il se compare d'une année sur l'autre, et il répond à la question qu'on se pose vraiment : est-ce que ça dérive ?
La ligne que presque personne ne provisionne
C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Une entreprise équipe douze postes la même année, parce qu'elle en avait besoin d'un coup. Puis le budget informatique redevient symbolique pendant quatre ans, tout le monde s'en félicite — et la cinquième année, douze machines arrivent en fin de vie ensemble, au pire moment. La dépense n'a pas disparu : elle a été reportée, et elle revient concentrée.
Le remède tient en une ligne comptable. Vous divisez le coût de renouvellement du parc par sa durée de vie réelle — d'expérience, quatre à cinq ans pour un poste de bureau bien choisi — et vous inscrivez ce montant chaque année, que vous achetiez ou non. Le budget cesse de faire des à-coups, et le renouvellement s'étale naturellement.
C'est aussi ce qui rend possible un arbitrage intéressant : quand la provision existe, on peut décider de renouveler la moitié du parc en neuf et l'autre en matériel reconditionné de qualité professionnelle, ou de garder plus longtemps les postes bureautiques pour financer les postes exigeants. Sans provision, il n'y a pas d'arbitrage : il n'y a que l'urgence. Les critères de choix des machines elles-mêmes sont détaillés dans notre guide du matériel informatique pour PME.
Le coût qui n'apparaît dans aucun budget
Il manque toujours une ligne, et c'est celle de l'incident. Elle ne se budgète pas comme les autres, parce qu'elle n'est pas une dépense : c'est du chiffre d'affaires qui ne se fait pas, des heures passées à rattraper, des clients qu'on rappelle. Elle est pourtant l'argument le plus solide en faveur des lignes précédentes.
La méthode pour l'estimer est rudimentaire et suffit largement. Prenez votre chiffre d'affaires annuel, ramenez-le à l'heure ouvrée, et demandez-vous combien d'heures votre entreprise mettrait à redevenir opérationnelle si les fichiers de travail devenaient inaccessibles ce matin. Multipliez. Le résultat se compare à ce que coûterait une sauvegarde correcte — c'est l'objet de la règle 3-2-1 — et l'arbitrage se fait tout seul, sans qu'un prestataire ait besoin d'agiter des statistiques d'attaques.
Trois tests pour savoir si votre budget tient
Une fois le tableau construit, trois questions suffisent à en éprouver la solidité.
- L'inventaire est-il complet ? Un budget bâti sur un parc mal connu est un budget faux. Le premier livrable d'un audit sérieux n'est jamais une recommandation, c'est une liste : machines, âge, logiciels, contrats, dates d'échéance.
- Les abonnements sont-ils tous identifiés ? Comptez les prélèvements mensuels liés à l'informatique sur les douze derniers mois. Il y en a presque toujours un que personne n'attendait — un outil souscrit par un service, une licence d'un salarié parti, un stockage doublé sans que quiconque le remarque.
- La provision de renouvellement existe-t-elle ? Si la réponse est non, le budget n'est pas un budget : c'est l'historique des achats de l'an dernier.
Ce que nous en pensons
Il n'existe pas de bon pourcentage. Il existe un parc, des usages, un niveau de risque accepté, et un chiffre qui découle des trois. Une PME correctement équipée peut très bien se situer sous les fourchettes qui circulent, simplement parce qu'elle n'a pas d'infrastructure lourde à entretenir ; une autre les dépassera pour de bonnes raisons, parce que son activité s'arrête net quand le système tombe.
Ce qui distingue les deux situations, ce n'est pas le montant, c'est de savoir pourquoi il est ce qu'il est. Un dirigeant capable d'expliquer chacune de ses sept lignes a un budget informatique. Celui qui applique un pourcentage trouvé en ligne a une estimation — et découvrira l'écart le jour où quelque chose lâchera. Si vous n'avez pas fait le point depuis un moment, commencez par l'inventaire : c'est le point de départ de tout audit d'infrastructure IT, et il coûte surtout du temps.